TarotNiveau : Débutant
Les 22 arcanes majeurs du tarot de Marseille : liste, ordre et sens
Vingt et une lames numérotées, du Bateleur au Monde, et un Mat qui ne porte aucun numéro : les arcanes majeurs forment le cœur du tarot de Marseille. Voici leur liste dans l'ordre, le sens de chacune en quelques mots, et les clés pour comprendre leur numérotation, leurs singularités et les correspondances que les occultistes leur ont ajoutées.
Qu’appelle-t-on un arcane majeur ?
Dans un tarot de 78 cartes, les arcanes majeurs sont les vingt-deux cartes à figures qui n’appartiennent à aucune des quatre enseignes : vingt et un atouts numérotés de I à XXI, et le Mat, sans numéro. Les joueurs les ont d’abord appelés « triomphes », puis « atouts », parce qu’ils l’emportent sur les cartes de couleur. Dans le jeu de tarot, le Mat devient l’« Excuse », une carte à part qui ne remporte pas de pli.
Le mot « arcane », du latin arcanum, « secret », appartient au vocabulaire des occultistes. Selon l’historien des cartes Thierry Depaulis, les termes « lames » et « arcanes » appliqués au tarot apparaissent en 1863 chez Paul Christian, qui puise dans le vocabulaire de Paracelse. L’expression « arcanes majeurs » s’impose ensuite pour désigner les atouts, tandis que les cinquante-six autres cartes deviennent les arcanes mineurs. Les joueurs de tarot, eux, ne l’emploient guère. Notre dictionnaire retrace l’histoire du mot arcane.
Chaque majeur porte une scène, un numéro en haut de la lame et un nom inscrit dans le cartouche du bas, à deux exceptions près : le Mat n’a pas de numéro, la lame XIII pas de nom. Cette densité d’images en fait le point d’entrée naturel pour débuter au tarot de Marseille : vingt-deux cartes suffisent pour lire des tirages complets.
La liste des 22 arcanes majeurs et leur sens en quelques mots
Voici les lames dans l’ordre du tarot de Marseille, avec leur numéro tel qu’il figure sur les cartes et le sens que la tradition d’interprétation leur prête le plus souvent. Ces quelques mots sont des portes d’entrée, pas des définitions : chaque fiche détaille ce que montre la lame, sa lecture à l’endroit et à l’envers, en amour et au travail, ses associations et ses correspondances.
| N° | Arcane | En quelques mots |
|---|---|---|
| sans numéro | Le Mat | l’élan, la liberté, le départ vers l’inconnu |
| I | Le Bateleur | le commencement, l’habileté, les ressources à portée de main |
| II | La Papesse | le savoir, le silence, la gestation intérieure |
| III | L’Impératrice | la créativité, l’expression, la fécondité des idées |
| IIII | L’Empereur | l’autorité, la structure, la stabilité |
| V | Le Pape | la transmission, l’enseignement, la parole donnée |
| VI | L’Amoureux | le choix, le désir, la relation |
| VII | Le Chariot | l’avancée, la maîtrise, la réussite |
| VIII | La Justice | l’équilibre, la décision, la responsabilité |
| VIIII | L’Ermite | la recherche, la prudence, la sagesse du temps |
| X | La Roue de Fortune | les cycles, le changement, ce qui ne dépend pas de soi |
| XI | La Force | le courage, la maîtrise de soi, la douceur qui dompte |
| XII | Le Pendu | l’attente, le regard renversé, le lâcher-prise |
| XIII | L’Arcane sans nom | la fin d’un cycle, le dépouillement, la transformation |
| XIIII | Tempérance | la mesure, la circulation, l’apaisement |
| XV | Le Diable | les attachements, le désir, les liens qui retiennent |
| XVI | La Maison Dieu | la rupture, la remise en cause, la libération soudaine |
| XVII | L’Étoile | l’espérance, la générosité, la confiance retrouvée |
| XVIII | La Lune | le rêve, l’intuition, le trouble et l’incertitude |
| XVIIII | Le Soleil | la clarté, la joie, la fraternité |
| XX | Le Jugement | l’appel, le réveil, la renaissance |
| XXI | Le Monde | l’accomplissement, la plénitude, l’ouverture |
Le tableau laisse apparaître des familles d’images, commodes pour mémoriser l’ensemble. De II à V, quatre figures d’autorité se répondent deux à deux : la Papesse et le Pape pour le pouvoir spirituel, l’Impératrice et l’Empereur pour le pouvoir temporel. La Justice, la Force et Tempérance personnifient trois des quatre vertus cardinales de la tradition chrétienne ; la quatrième, la Prudence, n’a pas de lame. Plus loin, l’Étoile, la Lune et le Soleil forment une suite céleste, de la nuit étoilée au plein jour, avant que le Jugement et le Monde ne referment la série. Entre ces deux ensembles, le Pendu, l’Arcane sans nom, le Diable et la Maison Dieu composent une traversée des épreuves : suspension, dépouillement, attachement, effondrement. Ces regroupements sont des repères de lecteur, non une clé transmise par les cartiers ; ils aident pourtant à situer une lame quand elle sort dans un tirage, et à remarquer qu’un tirage rassemble, par exemple, plusieurs figures d’autorité ou plusieurs lames célestes.
Une numérotation en chiffres romains singulière
Les cartiers du modèle marseillais écrivent les nombres de façon additive, sans la notation soustractive devenue classique : l’Empereur porte IIII et non IV, l’Ermite VIIII, Tempérance XIIII, le Soleil XVIIII. Ce n’est pas une coquille : les jeux anciens, comme celui que Jean Dodal imprime à Lyon au début du XVIIIe siècle, l’emploient déjà, et les reproductions fidèles la conservent. Si votre jeu affiche IV ou IX, il s’écarte sur ce point du modèle ancien.
Les occultistes ont ensuite cherché un sens à cette suite. Éliphas Lévi, dans Dogme et rituel de la haute magie (1854-1856), associe les vingt-deux atouts aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu et glisse le Mat, compté comme arcane 0, entre le Jugement (XX) et le Monde (XXI). Arthur Edward Waite, dans le tarot qu’il fait dessiner en 1909, lui donne le numéro 0, qui le place en tête de la série, même si son livre le commente encore entre le Jugement et le Monde. Les tarots de jeu ont fait d’autres choix : le Tarocco Piemontese est le seul jeu traditionnel à numéroter le Fou 0, et des jeux belges du XVIIIe siècle l’ont marqué XXII.
Ces numéros comptent dans la pratique. Les lecteurs rapprochent volontiers les lames qui se suivent ou qui partagent un chiffre, et s’en servent pour calculer une carte de synthèse en additionnant les numéros sortis. D’où l’importance de savoir quel ordre suit votre jeu.
Le Mat sans numéro et l’Arcane sans nom
Deux lames échappent à la règle. Le Mat ne porte aucun chiffre. Sur les jeux du « type I », les plus anciens, il s’appelle encore « Le Fol ». On le voit en marche, un baluchon au bout d’un bâton sur l’épaule, tandis qu’un animal, chien ou chat selon les lectures, lui déchire la culotte. Hors numérotation, il n’occupe pas de place fixe : les commentateurs le lisent tour à tour comme le point de départ de la série, comme son aboutissement ou comme une force qui la traverse, libre de toute hiérarchie.
La lame XIII présente le cas inverse : un numéro, mais pas de nom. Sur la plupart des jeux de Marseille, le cartouche reste vide sous le squelette qui fauche ; le jeu de Jean Noblet, vers 1650, y inscrivait pourtant « LAMORT ». On parle aujourd’hui de l’Arcane sans nom, ou couramment de la Mort. Les commentateurs y lisent une fin de cycle, un dépouillement, une transformation profonde. Aucune de nos fiches n’y voit l’annonce d’un décès : une lame symbolise, elle ne prédit pas.
Le « voyage du Mat » : une lecture moderne de la suite
Une interprétation très répandue aujourd’hui lit les atouts comme un récit. Le Mat en est le héros : il traverse les vingt et une étapes d’une existence, de l’apprentissage du Bateleur à l’accomplissement du Monde. Cette lecture, que l’on désigne souvent par son nom anglais de « Fool’s Journey », est moderne : elle appartient aux approches psychologiques du XXe siècle, et rien n’indique que les cartiers qui gravaient les lames l’aient envisagée.
Une variante courante répartit les vingt et un atouts en trois rangées de sept. Du Bateleur au Chariot, la construction de soi dans le monde : apprendre, recevoir un savoir, exercer une autorité, choisir, avancer. De la Justice à Tempérance, le travail intérieur : peser, se retirer, accepter les cycles, traverser l’épreuve et la perte, retrouver la mesure. Du Diable au Monde, la rencontre avec ce qui dépasse l’individu : les passions, la rupture, l’espérance, l’inconscient, la clarté, l’éveil, la plénitude. Le schéma aide à mémoriser l’ordre et à repérer des échos entre lames de même rang ; le Bateleur, la Justice et le Diable ouvrent chacun leur rangée. Prenez-le comme un outil, non comme une vérité de la tradition.
Force et Justice : l’inversion du Rider-Waite-Smith
Dans le tarot de Marseille, la Justice porte le numéro VIII et la Force le numéro XI. Le tarot publié à Londres en décembre 1909 par William Rider & Son, dessiné par Pamela Colman Smith sur les indications d’Arthur Edward Waite, intervertit ces deux lames : Strength devient VIII, Justice devient XI. Waite et Smith étaient membres de l’ordre hermétique de la Golden Dawn, et Waite voulait accorder la suite des atouts aux correspondances astrologiques enseignées par l’ordre, qui associe la Force au Lion et la Justice à la Balance.
Conséquence pratique : si vous passez d’un jeu à l’autre, ne vous fiez pas au seul numéro, et refaites vos calculs de synthèse selon l’ordre du jeu utilisé. Notre comparatif tarot de Marseille ou Rider-Waite-Smith revient sur cette différence et sur toutes les autres, des arcanes mineurs illustrés à l’histoire des deux jeux.
Les correspondances astrologiques, une convention de la Golden Dawn
On lit souvent que telle lame « correspond » à tel signe ou à telle planète. Ces correspondances ne figurent sur aucun tarot de Marseille ancien. Elles ont été systématisées à la fin du XIXe siècle par la Golden Dawn, ordre initiatique fondé à Londres en 1888, qui prolonge l’idée de Lévi : chaque atout est relié à une lettre hébraïque, et chaque lettre à un élément, à une planète ou à un signe du zodiaque. Dans cette convention :
- trois lames reçoivent un élément : le Mat l’air, le Pendu l’eau, le Jugement le feu ;
- sept lames reçoivent une planète : le Bateleur Mercure, la Papesse la Lune, l’Impératrice Vénus, la Roue de Fortune Jupiter, la Maison Dieu Mars, le Soleil le Soleil, le Monde Saturne ;
- douze lames reçoivent un signe : l’Empereur le Bélier, le Pape le Taureau, l’Amoureux les Gémeaux, le Chariot le Cancer, la Force le Lion, l’Ermite la Vierge, la Justice la Balance, l’Arcane sans nom le Scorpion, Tempérance le Sagittaire, le Diable le Capricorne, l’Étoile le Verseau, la Lune les Poissons.
Cette grille n’est pas figée : dans son tarot de Thoth, Aleister Crowley intervertira plus tard les lettres hébraïques de l’Empereur et de l’Étoile, et avec elles leurs signes, le Verseau passant au premier et le Bélier à la seconde. Les correspondances restent utiles pour relier le tarot à l’astrologie, à condition de les présenter pour ce qu’elles sont : une construction d’occultistes britanniques, postérieure de plus d’un siècle au jeu de Conver. Nos fiches les indiquent à ce titre, et jamais comme une propriété d’origine des lames.
Travailler les arcanes au quotidien
Les vingt-deux majeurs s’apprivoisent par la fréquentation plus que par la mémoire. Trois habitudes suffisent à les rendre familiers en quelques semaines.
- La lame du jour. Tirez un majeur le matin, décrivez-le par écrit avant de lire sa fiche, puis demandez-vous le soir ce qu’il vous a fait remarquer.
- Les correspondances internes. Rapprochez les lames qui se répondent (la Papesse et le Pape, la Lune et le Soleil, le Bateleur et le Monde) ou qui occupent le même rang dans les trois rangées de sept.
- Le tirage régulier. Le tirage gratuit du site tire trois lames parmi les vingt-deux, toujours à l’endroit, et affiche pour chacune son sens court et une question de réflexion : un bon terrain d’exercice pour vérifier ce que vous avez retenu avant d’ouvrir la fiche.
Quand les majeurs ne vous surprennent plus, ajoutez progressivement les mineurs, une enseigne à la fois. Et gardez à l’esprit le cadre de ce travail : ces lames sont un vocabulaire d’images pour réfléchir, transmis par des cartiers puis enrichi par des commentateurs, non un code capable de dire l’avenir.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il d'arcanes majeurs dans le tarot de Marseille ?
Il y en a vingt-deux : vingt et un atouts numérotés en chiffres romains, du Bateleur (I) au Monde (XXI), et le Mat, qui ne porte aucun numéro. Avec les cinquante-six arcanes mineurs, répartis en quatre enseignes de quatorze cartes, ils forment un jeu complet de soixante-dix-huit cartes. Les majeurs suffisent à eux seuls pour pratiquer les tirages en une, trois ou cinq cartes.
Pourquoi l'arcane XIII n'a-t-il pas de nom ?
Sur la plupart des tarots de Marseille, le cartouche de la lame XIII est laissé vide, alors que le jeu de Jean Noblet, vers 1650, portait l'inscription « LAMORT ». Les explications proposées, comme une prudence face au mot ou une invitation à dépasser le sens littéral, relèvent de l'interprétation et non de l'histoire documentée. On l'appelle aujourd'hui l'Arcane sans nom, ou couramment la Mort, et on y lit une fin de cycle ou une transformation.
Le Mat est-il la carte 0 ou la carte 22 ?
Dans le tarot de Marseille, le Mat n'a pas de numéro du tout. Arthur Edward Waite lui donne le numéro 0 dans le tarot de 1909, Éliphas Lévi le comptait comme arcane 0 en le plaçant entre le Jugement et le Monde, et certains jeux belges du XVIIIe siècle l'ont marqué XXII. Dans un calcul de synthèse, les lecteurs le comptent selon leur propre convention : l'essentiel est de rester cohérent d'un tirage à l'autre.
Quelle différence entre arcanes majeurs et arcanes mineurs ?
Les arcanes majeurs sont les vingt-deux cartes à figures et à nom, hors enseignes, qui servaient d'atouts dans le jeu. Les arcanes mineurs sont les cinquante-six cartes des quatre enseignes (bâtons, coupes, deniers, épées) : dix cartes numérales et quatre figures par enseigne. Dans le tarot de Marseille, les numérales ne montrent aucune scène, ce qui demande une lecture fondée sur les nombres et les enseignes.
Faut-il apprendre le sens des 22 arcanes par cœur ?
Ce n'est pas indispensable, ni même conseillé. Retenir une liste de mots-clés fige la lecture. Il vaut mieux observer chaque lame (posture, regard, objets, couleurs), noter ce qu'elle évoque et la retrouver régulièrement, par exemple avec une lame du jour. Le sens se fixe alors naturellement, et vous saurez le nuancer selon la question posée et les cartes voisines.
Sources
- Tarot of Marseilles, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Tarot divinatoire, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Major Arcana, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- The Fool (tarot card), Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Rider–Waite Tarot, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Hermetic Order of the Golden Dawn, Wikipedia (en) en.wikipedia.org