TarotNiveau : Débutant
Débuter au tarot de Marseille : le guide pour bien commencer
Le tarot de Marseille s'apprend avec les yeux plus qu'avec une liste de mots-clés. Ce guide vous accompagne pas à pas : choisir un jeu fidèle au modèle ancien, comprendre l'architecture des 78 lames, poser une question qui ouvre la réflexion et réaliser vos premiers tirages, sans attendre des cartes ce qu'elles ne peuvent pas donner.
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Ce qu’est le tarot de Marseille, et ce qu’il n’est pas
Le tarot est d’abord un jeu de cartes. Il apparaît au XVe siècle dans les cours d’Italie du Nord, à Milan, à Ferrare ou à Bologne, lorsqu’on ajoute aux quatre couleurs ordinaires une série de cartes à figures qui l’emportent sur toutes les autres : les « triomphes », devenus nos atouts. Pendant plus de trois siècles, ces images servent avant tout à jouer.
L’expression « tarot de Marseille » ne désigne pas un jeu unique mais un modèle : une manière de dessiner les vingt-deux atouts et les cinquante-six cartes de couleur, reprise par de nombreux cartiers français aux XVIIe et XVIIIe siècles, à Paris, à Lyon, à Dijon ou à Marseille. Le nom lui-même est tardif. L’historien des cartes Romain Merlin l’emploie en 1856, Papus le reprend en 1889 dans Le Tarot des Bohémiens, et l’appellation se popularise à partir de 1930 avec l’« Ancien Tarot de Marseille » de Paul Marteau, édité par Grimaud.
Ce qu’il n’est pas, d’abord : un livre égyptien. En 1781, dans le tome VIII du Monde primitif, Antoine Court de Gébelin croit y reconnaître la sagesse des prêtres d’Égypte. Rien n’étaye cette origine, mais l’idée lance l’usage divinatoire du tarot : dès 1783, le cartomancien Etteilla publie ses cahiers sur la manière de tirer les tarots. Ce n’est pas davantage un instrument de prédiction : nul n’a jamais démontré qu’un tirage permette de prévoir l’avenir.
Ce qu’il est mérite pourtant l’attention : une suite d’images héritées de la fin du Moyen Âge, assez denses pour soutenir la réflexion. Un bateleur derrière sa table, une femme qui tient entre ses mains la gueule d’un lion, un homme suspendu par un pied, une tour frappée par le feu du ciel : chacune de ces scènes parle de situations humaines que chacun reconnaît. C’est dans cet esprit que ce guide vous propose d’apprendre.
Choisir son premier jeu : Conver, Dodal, Noblet et rééditions modernes
Les historiens des cartes distinguent deux familles. Le « type I », au trait plus rude, regroupe des jeux du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, comme celui de Jean Noblet (vers 1650) ou celui de Jean Dodal, imprimé à Lyon au début du XVIIIe siècle ; le Mat y porte encore le nom de « Le Fol ». Le « type II » lui succède : son plus ancien exemplaire daté, de Pierre Madenié, est imprimé à Dijon en 1709, et le Mat y prend le nom qu’on lui connaît. Son représentant le plus célèbre est le tarot de Nicolas Conver, cartier à Marseille vers 1760, qui a servi de modèle à la plupart des tarots ésotériques ultérieurs.
Pour un premier jeu, trois voies sont sérieuses :
- Un fac-similé. L’éditeur français Héron a publié une reproduction photographique du jeu de Conver conservé à la Bibliothèque nationale de France. Vous voyez les lames telles qu’elles ont circulé, avec leurs irrégularités de gravure et de coloris.
- Une restauration. Jean-Claude et Roxanne Flornoy ont publié leurs versions des jeux de Noblet et de Dodal ; Alejandro Jodorowsky et Philippe Camoin ont achevé en 1997 leur reconstruction du tarot de Marseille ; le tarot CBD de Yoav Ben-Dov, imprimé par U.S. Games Systems, repart du jeu de Conver. Le trait y est plus net et la lecture plus confortable.
- Le jeu de Paul Marteau, l’Ancien Tarot de Marseille de Grimaud, celui qui a fait connaître le nom de « tarot de Marseille » à un large public.
Quel que soit votre choix, vérifiez trois points. Le jeu doit compter 78 cartes. Les atouts doivent porter les chiffres romains du modèle ancien : l’Empereur est numéroté IIII, et non IV. Enfin, les cartes doivent tenir en main sans peine, car vous allez les mélanger des centaines de fois. Méfiez-vous en revanche des jeux simplement « inspirés » du tarot de Marseille, dont les dessins ont été refaits librement : vous y apprendriez des détails qui n’appartiennent pas à la tradition. Si vous hésitez avec le tarot anglais de 1909, notre comparatif tarot de Marseille ou Rider-Waite-Smith détaille ce qui les sépare.
La structure du jeu : 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs
Les 78 cartes se répartissent en deux ensembles. Les vingt-deux atouts portent chacun une image et un nom, du Bateleur (I) au Monde (XXI), auxquels s’ajoute le Mat, qui n’a pas de numéro. La tradition ésotérique les appelle « arcanes majeurs » : selon l’historien Thierry Depaulis, les mots « lames » et « arcanes » appliqués au tarot apparaissent en 1863 sous la plume de Paul Christian. Notre page consacrée aux 22 arcanes majeurs en donne la liste, l’ordre et le sens résumé.
Les cinquante-six autres cartes forment les arcanes mineurs : quatre enseignes (bâtons, coupes, deniers, épées) de quatorze cartes chacune. Chaque enseigne compte dix cartes numérales, de l’as au dix, et quatre figures : valet, cavalier, reine et roi. Dans le tarot de Marseille, les numérales ne racontent aucune scène : elles montrent des épées, des bâtons, des coupes ou des deniers disposés en motifs ornementaux. C’est la principale difficulté pour qui débute, et la raison pour laquelle nous conseillons de travailler d’abord avec les seuls majeurs, puis d’ajouter les mineurs quand ceux-ci vous sont devenus familiers.
Deux particularités surprennent au premier regard. Les chiffres romains s’écrivent de façon additive : outre le IIII de l’Empereur, on lit VIIII pour l’Ermite, XIIII pour Tempérance, XVIIII pour le Soleil. Et la lame XIII ne porte généralement aucun nom : on la désigne comme l’« Arcane sans nom », ou couramment la Mort, titre qu’elle portait sur le jeu de Noblet.
Apprendre les lames sans réciter de listes de sens
Les manuels proposent souvent, pour chaque carte, une colonne de mots-clés à mémoriser. La méthode rassure, mais elle fige la lecture : face à un tirage, on récite au lieu de regarder. Le tarot de Marseille récompense l’observation. Avant de vous demander ce qu’une lame « veut dire », décrivez ce qu’elle montre.
Prenez le Mat. Avant de savoir qu’on lui prête l’élan, la liberté et le goût de l’inconnu, regardez-le : un homme en marche, un baluchon sur l’épaule au bout d’un bâton, un animal qui lui déchire le bas de la culotte. Il avance sans se retourner. Tout ce que les auteurs ont écrit sur lui part de ces quelques détails, et vous les retrouverez sans effort le jour où la carte sortira.
Trois exercices installent cette habitude :
- La lame du jour. Chaque matin, tirez un seul arcane majeur et notez trois choses : ce que vous voyez (posture, regard, objets, couleurs), ce que la scène vous évoque, une question qu’elle vous pose. Le soir, relisez vos notes. En un mois, vous aurez rencontré chaque majeur plusieurs fois.
- Les paires. Posez côte à côte deux lames qui se répondent : la Papesse et le Pape, l’Impératrice et l’Empereur, la Lune et le Soleil. Les différences sautent aux yeux et fixent le caractère de chacune.
- Les regards. Observez vers où se tournent les personnages. Dans un tirage, une figure qui regarde la carte voisine semble lui parler ; une figure qui s’en détourne invite à se demander ce qu’elle laisse derrière elle.
Tenez ces notes dans un carnet réservé au tarot. Il deviendra votre véritable manuel, plus juste que n’importe quelle liste, parce qu’il gardera la trace de ce que les images vous ont réellement suggéré.
Bien formuler sa question
Une bonne question fait la moitié d’un bon tirage. Les cartes ne répondent ni par oui ni par non, ni par une date : elles proposent des images. Une question fermée (« Va-t-il m’appeler ? ») vous enferme dans l’attente d’un verdict qu’elles ne peuvent pas rendre. Une question ouverte, centrée sur ce qui dépend de vous, laisse les images travailler.
| Question à éviter | Formulation plus féconde |
|---|---|
| Va-t-il revenir ? | Qu’est-ce que cette séparation m’invite à comprendre ? |
| Vais-je obtenir ce poste avant l’été ? | Sur quelles ressources m’appuyer pour préparer cet entretien ? |
| Que pense-t-elle vraiment de moi ? | Comment clarifier ce que j’attends de cette relation ? |
| Dois-je arrêter mon traitement ? | Aucune : cette question relève d’un médecin, jamais des cartes. |
Écrivez votre question avant de mélanger. Gardez-la courte, au présent et à la première personne. Si vous tirez pour quelqu’un d’autre, laissez-le la formuler lui-même. Enfin, une question ne se pose qu’une fois : retirer les cartes jusqu’à obtenir la réponse espérée ne vous apprend rien, sinon ce que vous vouliez entendre.
Mélanger, couper, tirer : les gestes simples
Il n’existe pas de geste obligatoire. Certains battent les cartes comme pour un jeu ordinaire, d’autres les étalent face cachée sur la table et les brassent du plat des mains, ce qui ménage les cartes fragiles. Choisissez une méthode et gardez-la : la régularité du rituel aide à se concentrer.
Vient ensuite la coupe. Dans la cartomancie du XIXe siècle, on faisait couper le paquet par la personne qui consulte, de la main gauche ; le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy décrit encore ce geste en 1863. Rien ne vous y oblige, mais couper marque utilement la fin du mélange. Étalez alors les cartes en éventail, face cachée, et tirez le nombre de lames voulu sans trop hésiter. Posez-les dans l’ordre du tirage, retournez-les une à une et, avant toute interprétation, notez dans votre carnet la date, la question et les cartes sorties.
Premiers tirages : une carte, trois cartes, la croix
Une carte. C’est l’exercice de la lame du jour, et le plus formateur. Une seule image, une seule question : que me montre-t-elle de ma journée, de mon humeur, de ce que je néglige ?
Trois cartes. Le tirage le plus polyvalent. Les trois lames se lisent de gauche à droite, selon une disposition choisie avant de tirer : passé, présent, tendance ; ou situation, obstacle, conseil. Nous préférons « tendance » à « futur » : une carte ne prédit pas, elle désigne une direction à examiner. Notre guide du tirage en 3 cartes détaille ces dispositions et la manière de relier les lames entre elles, et notre tirage de tarot gratuit vous permet de vous exercer immédiatement sur les vingt-deux majeurs.
La croix. Quatre cartes disposées en croix, plus une cinquième au centre. La signification des positions varie selon les auteurs ; dans une version répandue, la carte de gauche représente la personne ou ce qui joue en sa faveur, celle de droite ce qui s’y oppose, celle du haut le nœud de la question, celle du bas la direction qui se dessine. La carte centrale, la synthèse, s’obtient en additionnant les numéros des quatre lames ; si le total dépasse 21, on additionne ses chiffres. Un total de 42 donne ainsi 4 + 2 = 6, l’Amoureux. Le tirage en croix fait l’objet d’un guide complet, avec un exemple commenté.
Cartes à l’envers : les lire ou non ?
Lorsqu’une carte sort tête en bas, faut-il lui donner un autre sens ? L’usage est ancien en cartomancie : dès 1770, Etteilla attribue à chacune des trente-deux cartes de son jeu de piquet un sens à l’endroit et un sens renversé. Le principe a été étendu au tarot divinatoire, mais il n’a jamais fait l’unanimité : certains lecteurs l’adoptent, d’autres lisent toutes les lames à l’endroit et tirent les nuances du voisinage des cartes.
Pour débuter, nous vous conseillons de tout lire à l’endroit. Vous avez déjà vingt-deux images à apprivoiser ; doubler les sens dès le départ disperse l’attention. Une lame réputée difficile contient déjà sa part de lumière, et une lame lumineuse peut se lire avec réserve selon ses voisines. Quand les majeurs vous seront familiers, essayez les renversements pendant quelques semaines et gardez la pratique si elle enrichit vraiment vos lectures. Nos fiches d’arcanes proposent les deux lectures ; le tirage gratuit du site, lui, présente toujours les cartes à l’endroit.
Lire avec lucidité : le tarot comme outil de réflexion
Un tirage « parle » souvent de façon troublante. Les psychologues connaissent bien ce sentiment. En 1948, Bertram Forer remet à ses étudiants un portrait de personnalité présenté comme individuel, en réalité identique pour tous et composé à partir d’un recueil d’horoscopes : sur une échelle de 0 à 5, ils jugent sa justesse à 4,26 en moyenne. Ce biais, baptisé effet Barnum par Paul Meehl en 1956, explique une large part de l’impression de justesse d’un tirage : des énoncés assez généraux pour convenir à chacun semblent écrits pour soi.
Le tarot n’en perd pas son intérêt, à condition de savoir ce qu’on lui demande. Ses images ne savent rien de votre avenir ; elles vous aident à mettre des mots sur une situation, à regarder un problème sous un autre angle, à formuler ce que vous pressentiez déjà. Quelques règles simples gardent la pratique saine :
- ne prenez aucune décision importante (santé, argent, droit, rupture) sur la foi d’un tirage, et consultez la personne compétente ;
- méfiez-vous de toute lecture qui vous effraie ou vous rend dépendant : le tarot doit ouvrir des pistes, pas nourrir l’angoisse ;
- gardez votre esprit critique envers quiconque prétend lire l’avenir contre paiement, surtout s’il réclame des sommes répétées ;
- relisez vos anciens tirages : vous mesurerez vite ce qui relevait de la réflexion et ce qui relevait du vœu.
Apprendre le tarot de Marseille, c’est apprendre un vocabulaire d’images, transmis par les cartiers et enrichi par plus de deux siècles de commentaires. Pratiqué ainsi, il devient un compagnon de réflexion : exigeant, parfois surprenant, et honnête sur ce qu’il est.
Questions fréquentes
Faut-il qu'on m'offre mon premier jeu de tarot ?
C'est une croyance répandue, mais rien dans l'histoire du tarot ne l'impose : les cartiers vendaient leurs jeux comme n'importe quelle marchandise. Achetez donc vous-même le jeu qui vous convient, en privilégiant un modèle fidèle au tarot de Marseille ancien, comme un fac-similé du jeu de Conver ou une restauration sérieuse des jeux de Noblet ou de Dodal. Ce qui compte est le lien que vous construisez avec les images en les regardant et en les utilisant régulièrement, pas la manière dont le jeu est arrivé entre vos mains.
Combien de temps faut-il pour apprendre le tarot de Marseille ?
Quelques semaines suffisent pour reconnaître les vingt-deux arcanes majeurs et réaliser des tirages simples, à condition de pratiquer un peu chaque jour, par exemple avec la lame du jour. Lire avec aisance les cinquante-six mineurs demande davantage : plusieurs mois de pratique régulière, en ajoutant une enseigne à la fois. Un carnet de tirages vous permet de mesurer vos progrès et de constater ce que les images vous ont réellement appris.
Peut-on commencer avec les seuls arcanes majeurs ?
Oui, et c'est la voie que nous recommandons. Les vingt-deux majeurs portent les images les plus riches et suffisent aux tirages en une, trois ou cinq cartes, dont le tirage en croix. Les arcanes mineurs du tarot de Marseille, dont les cartes numérales ne montrent aucune scène, demandent une autre méthode de lecture, fondée sur les nombres et les enseignes. Ajoutez-les quand les majeurs vous sont devenus familiers.
Le tarot peut-il prédire l'avenir ?
Non. Personne n'a jamais démontré qu'un tirage de tarot permette de prévoir l'avenir.L'impression de justesse s'explique largement par l'effet Barnum, ce biais qui nous fait reconnaître notre portrait dans des énoncés généraux. Le tarot peut en revanche servir d'outil de réflexion : ses images aident à formuler une situation, à envisager d'autres points de vue et à clarifier ce que l'on souhaite.
Peut-on tirer les cartes pour soi-même ?
Oui. Tirer pour soi est la meilleure façon d'apprendre, à condition de rester honnête : formuler la question avant de mélanger, noter les cartes avant de les interpréter et ne pas recommencer jusqu'à obtenir la réponse espérée. La principale difficulté tient à notre tendance à voir ce que nous souhaitons voir ; relire ses tirages quelques semaines plus tard reste le meilleur antidote.
Sources
- Tarot de Marseille, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Tarot of Marseilles, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Tarot divinatoire, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Etteilla, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e éd., 1863, article « Cartomancie », Wikisource fr.wikisource.org
- Effet Barnum, Wikipédia fr.wikipedia.org