TarotNiveau : Intermédiaire
Les 56 arcanes mineurs du tarot de Marseille : enseignes et nombres
Passé les vingt-deux arcanes majeurs, le tarot de Marseille réserve une surprise à qui veut aller plus loin : cinquante-six cartes sans scène, où l’on ne voit que des pièces, des coupes, des épées ou des bâtons disposés en motifs. Les lire demande une autre méthode, qui s’appuie sur l’enseigne, le nombre et la figure. Ce guide en donne les clés, avec leur histoire.
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Ce que sont les arcanes mineurs
Un tarot complet compte soixante-dix-huit cartes. Vingt-deux d’entre elles, les arcanes majeurs, portent chacune un nom et une image qui leur sont propres. Les cinquante-six autres se répartissent en quatre séries de quatorze cartes : dix cartes numérales, de l’as au dix, et quatre figures, le valet, le cavalier, la reine et le roi. Ce sont les arcanes mineurs, soit quarante cartes numérales et seize figures.
Avant d’appartenir au vocabulaire ésotérique, cette structure est celle d’un jeu. Les premiers tarots documentés apparaissent dans l’Italie du Nord des années 1440, et ils servent d’abord à jouer : on adjoint à un jeu de cartes ordinaire une série d’atouts illustrés. Les mineurs forment donc la part la plus ancienne du tarot, celle qu’il partage avec les jeux de cartes italiens et espagnols. Les expressions « arcanes majeurs » et « arcanes mineurs » sont bien plus tardives : on les attribue à l’occultiste Paul Christian, de son vrai nom Jean-Baptiste Pitois (1811-1877).
Dans le tarot de Marseille, les cartes numérales ne représentent aucune scène. Le sept de coupes montre sept coupes, le quatre d’épées quatre lames entrelacées et quelques ornements, rien de plus. C’est ce qui déroute le plus les débutants venus des tarots modernes. C’est aussi ce qui fait le prix de ces cartes : elles obligent à lire une structure plutôt qu’une illustration, et laissent à celui qui les interroge une liberté que l’image toute faite lui retire.
Les quatre enseignes : deniers, coupes, épées, bâtons
Chaque série porte une enseigne, le signe qui la distingue. Celles du tarot sont dites latines, parce qu’on les retrouve dans les jeux italiens et espagnols. Elles semblent dériver des cartes du sultanat mamelouk, centré sur Le Caire : les cartes mameloukes du XVe siècle découvertes en 1939 au palais de Topkapı, à Istanbul, se répartissent en quatre séries de coupes, de pièces, d’épées et de bâtons de polo. Le polo étant à peu près inconnu en Europe, où les cartes à jouer sont attestées à partir des années 1370, ces bâtons de polo y sont devenus de simples bâtons.
Le dessin de chaque enseigne obéit à des conventions que l’on retrouve d’un cartier à l’autre :
- Les deniers sont des pièces rondes ornées d’un motif floral. Sur le deux, un ruban s’enroule entre elles : c’est l’emplacement traditionnel où le fabricant inscrivait son nom et la date.
- Les coupes sont dessinées comme des objets distincts, empilés ou disposés en couronne. Au deux, une composition florale terminée par deux têtes de dauphin s’élève entre les deux coupes.
- Les épées se réduisent à des lames courbes qui s’entrecroisent et dessinent une forme en amande. Sur les cartes impaires, une épée entière, droite, traverse le motif.
- Les bâtons se croisent et forment un treillis à mesure que le nombre augmente. Sur les cartes impaires, un bâton vertical se dresse au centre. Aux dix d’épées et de bâtons, deux objets entiers se superposent au motif.
Pour la lecture, chaque enseigne ouvre un domaine de l’expérience. La grille la plus répandue fait des deniers le monde matériel (l’argent, le corps, le travail concret), des coupes la vie affective et relationnelle, des épées la pensée, la décision et le conflit, des bâtons l’énergie, le désir et l’action. Les occultistes anglais de la Golden Dawn, à la fin du XIXe siècle, puis Aleister Crowley y ont superposé les quatre éléments : bâtons et feu, coupes et eau, épées et air, deniers et terre. Cette répartition s’est imposée dans la plupart des manuels, mais d’autres auteurs en ont proposé de différentes. C’est une convention de lecture, postérieure de plus d’un siècle aux jeux de Marseille, et non une propriété des cartes elles-mêmes.
Lire les nombres de l’as au dix
Faute de scène à interpréter, le nombre devient la clé. Le principe est simple : chaque enseigne parcourt la même suite de dix étapes, et une carte se lit au croisement d’un domaine, donné par l’enseigne, et d’un moment, donné par le nombre. Le cinq de coupes ne « veut » rien dire à lui seul ; il désigne le cinquième degré d’une expérience affective, celui où l’équilibre trouvé au quatre est remis en jeu.
Il n’existe pas de table officielle. La grille qui suit rassemble des associations fréquentes chez les tarologues contemporains ; prenez-la comme un point de départ, et confrontez-la toujours à ce que vous voyez sur la carte.
| Nombre | Idée directrice | Exemple de lecture |
|---|---|---|
| As | Le germe, la force de l’enseigne à l’état pur | As de coupes : une capacité d’aimer encore intacte |
| Deux | La rencontre, l’accumulation, l’attente | Deux de deniers : un équilibre à trouver entre deux ressources |
| Trois | L’élan, la première expression | Trois de bâtons : un projet qui sort de terre |
| Quatre | La stabilité, la construction | Quatre de deniers : une base matérielle solide, peut-être figée |
| Cinq | Le seuil, la remise en question | Cinq d’épées : une idée nouvelle qui bouscule les certitudes |
| Six | L’harmonie, le plaisir, la beauté | Six de coupes : l’affection partagée, la douceur des souvenirs |
| Sept | L’action tournée vers le monde | Sept de bâtons : défendre sa position |
| Huit | La plénitude, l’ordre, la maîtrise | Huit d’épées : une pensée rigoureuse, ou enfermée en elle-même |
| Neuf | La maturité, la crise qui prépare un passage | Neuf de deniers : la récolte, et la question de ce qu’on en fera |
| Dix | L’accomplissement, la fin d’un cycle | Dix de coupes : une plénitude qui appelle un nouveau départ |
L’observation affine la grille. Chez les épées et les bâtons, les nombres impairs portent un élément central, épée ou bâton dressé, que les nombres pairs n’ont pas : on peut y lire l’opposition entre une énergie tendue vers l’action et une énergie qui s’organise ou se contient. Chez les deniers et les coupes, regardez la façon dont les objets se groupent, s’alignent ou s’isolent. Des auteurs contemporains, comme Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa dans La Voie du Tarot (2004), ont bâti des lectures complètes des mineurs sur cette progression des nombres.
Les figures : valet, cavalier, reine, roi
Chaque enseigne compte quatre figures, seize en tout. Ce sont les seules cartes mineures du tarot de Marseille à montrer des personnages, et on les lit volontiers comme tels : des personnes de votre entourage, ou des attitudes que vous adoptez vous-même face à la question posée. Leur hiérarchie dessine une progression :
- Le valet, à pied, figure l’apprentissage et la découverte, l’hésitation aussi : il tient son enseigne sans savoir encore qu’en faire.
- Le cavalier est en mouvement : il emporte l’enseigne vers l’extérieur, en mission, en voyage, en quête.
- La reine possède son domaine de l’intérieur : elle le garde, le nourrit, le comprend.
- Le roi l’exerce et le transmet : maîtrise, responsabilité, autorité.
Le croisement avec l’enseigne fait le reste. La reine de coupes évoque une affectivité accueillante et profonde, le roi de deniers une maîtrise concrète des ressources, le cavalier d’épées une pensée qui tranche et s’élance, le valet de bâtons un désir encore neuf qui cherche sa direction. Observez aussi les regards : une figure tournée vers la carte voisine semble lui répondre, une figure qui s’en détourne peut signaler un écart ou un refus.
Les noms varient d’ailleurs selon les jeux et les auteurs : le cavalier se nomme aussi chevalier, et la reine, dame.
Mineurs de Marseille et mineurs illustrés du Rider-Waite-Smith
Le contraste avec le tarot publié à Londres par William Rider & Son en décembre 1909 est saisissant. Dans ce jeu conçu par Arthur Edward Waite et dessiné par Pamela Colman Smith, chacune des cinquante-six cartes mineures porte une scène allégorique : le trois d’épées montre un cœur transpercé, le dix de bâtons un homme courbé sous le poids de ses dix bâtons. Smith disposait d’un précédent : le tarot Sola Busca, gravé en Italie à la fin du XVe siècle, le plus ancien tarot connu dont toutes les cartes numérales sont illustrées. En 1907, ses propriétaires en avaient offert des photographies au British Museum, où Waite et Smith ont vraisemblablement pu les voir.
Le Rider-Waite-Smith rebaptise aussi les enseignes : wands pour les bâtons, cups pour les coupes, swords pour les épées et surtout pentacles pour les deniers, d’où le terme de pentacle dans de nombreux manuels traduits. Ses figures sont le page, le chevalier, la reine et le roi.
Deux pratiques en découlent. Avec le Rider-Waite-Smith, on part de l’image : elle suggère une situation, que le nombre et l’enseigne viennent préciser. Avec le Marseille, on part de la structure, enseigne et nombre, avant de regarder les détails du dessin : une fleur qui s’ouvre au cœur des épées, un ruban, la direction d’une tige. La première approche s’apprend plus vite ; la seconde laisse plus de place à votre propre lecture. Notre comparatif tarot de Marseille ou Rider-Waite-Smith retrace l’histoire des deux jeux.
Intégrer les mineurs dans un tirage
Inutile de connaître cinquante-six cartes avant de s’en servir. La progression la plus sûre est graduelle, comme le recommande notre guide pour débuter au tarot de Marseille :
- Commencez par les majeurs seuls, jusqu’à ce que leurs images vous parlent sans effort.
- Ajoutez une enseigne à la fois, en choisissant d’abord celle qui vous semble la plus proche : les coupes si vos questions sont affectives, les deniers si elles sont matérielles.
- Introduisez ensuite les figures, en les lisant comme des personnages.
- Réunissez enfin les soixante-dix-huit cartes, ou gardez deux paquets séparés.
Cette dernière option est la plus souple : les majeurs donnent le thème de chaque position, et un mineur tiré en complément en précise le registre. Dans un tirage en croix, par exemple, on peut poser les quatre lames majeures habituelles, puis tirer un mineur sous chacune. Si L’Ermite sort en deuxième position, celle de ce qui résiste, accompagné du huit d’épées, la difficulté se situe peut-être du côté de la pensée : un raisonnement qui tourne en rond plutôt qu’un manque de moyens.
Quand un tirage mêle majeurs et mineurs, la répartition des enseignes donne aussi une indication d’ensemble. Beaucoup de coupes orientent la lecture vers la vie affective, beaucoup d’épées vers les décisions et les tensions ; l’absence d’une enseigne peut signaler un domaine que la question laisse dans l’ombre. Une majorité de mineurs suggère une situation d’ordre quotidien, une majorité de majeurs des enjeux plus profonds.
Des enseignes du tarot aux couleurs du jeu ordinaire
Les cœurs, carreaux, trèfles et piques ne descendent pas du tarot. Les enseignes françaises apparaissent vers 1480, lorsque les cartiers français simplifient les enseignes allemandes, cœurs, grelots, glands et feuilles : le trèfle, par exemple, stylise le gland germanique. L’anglais garde pourtant la trace des enseignes latines : clubs, le nom anglais du trèfle, traduit l’espagnol basto, le bâton, et spade, le pique, rappelle l’espada, l’épée des jeux espagnols.
La cartomancie a pourtant jeté des ponts entre les deux systèmes. L’usage le plus répandu rapproche les coupes du cœur, les épées du pique, les bâtons du trèfle et les deniers du carreau. Le jeu de tarot pratiqué aujourd’hui en France, qui emploie les enseignes françaises, conserve d’ailleurs les quatre figures : on y trouve un cavalier de trèfle, inconnu du jeu de piquet. Si vous venez de la cartomancie au jeu de 32 cartes, ces équivalences vous donneront un premier repère pour aborder les mineurs. Gardez seulement à l’esprit qu’il s’agit d’analogies de lecture, et non d’une filiation.
Questions fréquentes
Faut-il utiliser les arcanes mineurs pour tirer le tarot de Marseille ?
Non. De nombreux lecteurs ne travaillent qu’avec les vingt-deux arcanes majeurs, dont les images suffisent à des tirages riches. Les mineurs apportent de la nuance : ils précisent le domaine concerné (affectif, matériel, intellectuel, énergétique) et le degré d’avancement d’une situation. Le plus simple est de les ajouter progressivement, une enseigne à la fois, une fois les majeurs bien connus.
Combien y a-t-il d’arcanes mineurs et comment se répartissent-ils ?
Il y en a cinquante-six, répartis en quatre enseignes : deniers, coupes, épées et bâtons. Chaque enseigne compte quatorze cartes, soit dix cartes numérales de l’as au dix et quatre figures : valet, cavalier, reine et roi. Le tarot complet en compte soixante-dix-huit avec les vingt-deux arcanes majeurs.
Pourquoi les cartes numérales du tarot de Marseille n’ont-elles pas d’image ?
Parce qu’elles sont, à l’origine, les cartes ordinaires d’un jeu : comme dans les jeux italiens et espagnols, on y compte simplement des pièces, des coupes, des épées ou des bâtons. Le tarot Sola Busca, gravé à la fin du XVe siècle, faisait exception. Les scènes illustrées ne se sont généralisées qu’avec le Rider-Waite-Smith, publié en 1909.
Quel élément correspond à chaque enseigne ?
Selon la convention qui s’est imposée dans l’occultisme anglais à la fin du XIXe siècle, avec la Golden Dawn puis Aleister Crowley : bâtons et feu, coupes et eau, épées et air, deniers et terre. D’autres répartitions existent chez certains auteurs. Ces correspondances sont postérieures aux tarots de Marseille : elles aident à lire, mais ne figurent pas sur les cartes.
Les arcanes mineurs se lisent-ils à l’envers ?
C’est un choix de méthode. La lecture des cartes renversées est ancienne : Etteilla attribuait déjà, en 1770, un sens droit et un sens renversé aux cartes du jeu de piquet. Mais beaucoup de lecteurs du tarot de Marseille s’en passent et préfèrent nuancer une carte par ses voisines. Si vous débutez, lisez d’abord toutes les cartes à l’endroit.
Sources
- Minor Arcana, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Tarot of Marseilles, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Tarot de Marseille, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Mamluk playing cards, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Sola Busca tarot, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Rider–Waite Tarot, Wikipedia (en) en.wikipedia.org