CartomancieNiveau : Débutant
Cartomancie au jeu de 32 cartes : sens des cartes et méthodes
Un jeu de belote suffit pour tirer les cartes. La pratique, popularisée en France par Etteilla en 1770, repose sur des sens transmis par des manuels qui ne s'accordent pas toujours. Voici ceux que consigne une source datée du XIXe siècle, ce qu'ils disent de leur époque, et la manière de les utiliser aujourd'hui comme un support de réflexion plutôt que comme un oracle.
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D’où vient la cartomancie au jeu ordinaire
Interroger le sort avec des cartes à jouer est presque aussi ancien que les cartes elles-mêmes en Europe. Des traces en apparaissent en Espagne dès le XVe siècle. À Venise, Francesco Marcolini publie en 1540 Le sorti, un livre d’oracles qui se sert des cartes pour désigner ses réponses. En 1556, le théologien espagnol Martín de Azpilcueta range déjà la divination par les cartes parmi les pratiques à condamner.
En France, la pratique sort de l’ombre avec Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla (1738-1791). En 1770, il publie Etteilla, ou manière de se récréer avec un jeu de cartes, fondé sur un jeu de piquet de trente-deux cartes auquel il ajoute une carte « Etteilla ». Il y attribue à chaque carte un sens à l’endroit et un sens renversé, et forge le mot « cartonomancie ». Ce n’est qu’ensuite, à partir de 1783, qu’il se tourne vers le tarot. Notre dictionnaire consacre une notice à Etteilla et à son influence.
Le XIXe siècle fait de la tireuse de cartes une figure familière. Marie-Anne Lenormand (1772-1843), active à Paris pendant plus de quarante ans, prétend avoir conseillé les puissants de son temps ; après sa mort, son nom est apposé sur plusieurs jeux, dont le Petit Lenormand, en réalité modelé sur un jeu allemand publié vers 1799. En 1863, la sixième édition du Dictionnaire infernal de Jacques Collin de Plancy décrit encore en détail l’« art de tirer les cartes » avec un jeu de piquet. C’est sur ce témoignage précis et daté que s’appuient les sens présentés ci-dessous : non qu’il fasse autorité, mais parce qu’il permet de savoir exactement d’où vient chaque signification.
Préparer le jeu : 32 cartes, sens droit et sens renversé
Le jeu de trente-deux cartes est celui de la belote, du piquet ou de la manille. Chacune des quatre couleurs (cœur, carreau, trèfle, pique) y compte huit cartes : l’as, le roi, la dame, le valet, puis le dix, le neuf, le huit et le sept. Sans joker ni petites cartes, il reste maniable et se mélange facilement.
La tradition distingue le sens droit et le sens renversé. Etteilla en donnait un pour chaque carte ; Collin de Plancy n’en indique que pour les figures. Or les figures des jeux actuels sont à double tête, et beaucoup de cartes numérales se lisent indifféremment dans les deux sens : pour savoir comment une carte est sortie, marquez discrètement le haut de chacune d’un point au crayon. Si vous débutez, vous pouvez aussi lire toutes les cartes à l’endroit et réserver les renversements pour plus tard.
Avant de tirer, on choisit souvent une carte pour représenter la personne qui consulte : le significateur. Collin de Plancy propose le roi de cœur pour un homme marié blond, le roi de trèfle pour un homme marié brun, la dame de cœur pour une femme blonde, la dame de trèfle pour une femme brune, le valet de cœur ou de trèfle pour un jeune homme blond ou brun. Ces codes de cheveux et d’état civil ont vieilli ; rien n’empêche de choisir la figure qui vous ressemble par le caractère. On mélange ensuite, et l’on fait couper le paquet de la main gauche, comme le veut la tradition qu’il rapporte.
Les quatre couleurs : cœur, carreau, trèfle, pique
Collin de Plancy résume la règle générale en une phrase : « Les cœurs et les trèfles sont généralement bons et heureux ; les carreaux et les piques, généralement mauvais et malheureux. » Les figures de cœur et de carreau désignent des personnes blondes ou châtain-blond, celles de pique et de trèfle des personnes brunes ou châtain-brun. Dans le détail de ses sens, chaque couleur prend une tonalité propre :
- Cœur : les affections, la famille, les bonnes nouvelles, les réconciliations.
- Trèfle : la réussite, les gains, les appuis loyaux, les espérances fondées.
- Carreau : les lettres, les voyages, l’argent qui tarde, les personnes malveillantes ou médisantes.
- Pique : les chagrins, les retards, les querelles, les autorités sévères.
Pour passer des cartes ordinaires au tarot, on fait le plus souvent correspondre ces couleurs aux enseignes latines : les coupes aux cœurs, les épées aux piques, les bâtons aux trèfles et les deniers aux carreaux. C’est une équivalence d’usage, non une filiation : les couleurs françaises, apparues vers 1480, dérivent des enseignes allemandes (cœurs, grelots, glands, feuilles). Si les paires coupes-cœurs et épées-piques font à peu près l’unanimité, certaines traditions cartomanciennes associent les bâtons aux carreaux et les deniers aux trèfles, ce qui change les ponts que l’on peut jeter avec les arcanes mineurs du tarot de Marseille. Choisissez un système et tenez-vous-y.
Les figures : rois, dames et valets comme personnages
Les figures représentent d’abord des personnes de l’entourage : les rois des hommes mûrs ou des hommes d’autorité, les dames des femmes, les valets des jeunes gens ou des messagers. Voici les sens donnés en 1863, renversements compris.
| Figure | À l’endroit | Renversée |
|---|---|---|
| Roi de cœur | un homme honorable qui cherche à vous être utile | ses bonnes intentions sont contrariées |
| Dame de cœur | une femme honnête et généreuse, prête à vous aider | un retard dans vos espérances |
| Valet de cœur | un brave jeune homme, souvent un militaire, appelé à entrer dans votre famille | il en sera empêché |
| Roi de trèfle | un homme juste qui vous aidera | ses intentions honnêtes sont retardées |
| Dame de trèfle | une femme qui vous aime | une femme jalouse |
| Valet de trèfle | la promesse d’un mariage | le mariage ne se fera pas sans embarras préliminaires |
| Roi de carreau | un homme assez important qui pense à vous nuire | il vous nuira |
| Dame de carreau | une méchante femme qui dit du mal de vous | elle vous fera du mal |
| Valet de carreau | un militaire ou un messager porteur de nouvelles désagréables | des nouvelles fâcheuses |
| Roi de pique | un juge ou un homme de robe, source de disgrâces | la perte d’un procès |
| Dame de pique | une veuve qui cherche à tromper | elle vous trompera |
| Valet de pique | un jeune homme qui vous causera des désagréments | une trahison |
Ces portraits disent beaucoup de la société qui les a fixés : militaires, magistrats, veuves suspectes. Lus aujourd’hui, ils gagnent à être traduits en rôles plutôt qu’en personnes : la dame de pique peut figurer une influence ambiguë, le roi de pique une institution ou une règle qui s’impose, le valet de carreau une information qui dérange. La dame de trèfle, dont ce site porte le nom, désigne une femme aimante, qui devient jalouse lorsqu’elle sort renversée. Dans le portrait français, les dames portent d’ailleurs chacune un nom : Argine pour la dame de trèfle, anagramme du latin regina, « reine », Judith pour celle de cœur, Rachel pour celle de carreau, Pallas pour celle de pique.
Les as, les dix et les cartes basses
Les cartes numérales décrivent des événements plutôt que des personnes. Collin de Plancy leur attribue les sens suivants :
| Carte | Cœur | Trèfle | Carreau | Pique |
|---|---|---|---|---|
| As | une nouvelle agréable ; entouré de figures, un repas entre amis | un gain, de l’argent à recevoir | une lettre | une grande tristesse |
| Dix | une surprise qui fera grande joie | le succès | un voyage imprévu et nécessaire | l’emprisonnement |
| Neuf | une réconciliation | la réussite | un retard d’argent | un retard dans les affaires |
| Huit | des satisfactions venues des enfants | des espérances fondées | des démarches surprenantes d’un jeune homme | une mauvaise nouvelle |
| Sept | un bon mariage | une faiblesse | un gain à la loterie | des querelles et des tourments |
Certaines formules ont vieilli, et quelques-unes peuvent inquiéter à tort. Le dix de pique ne condamne personne : on peut y lire aujourd’hui l’image d’un enfermement, d’une situation bloquée ou d’une contrainte que l’on s’impose. L’as de pique, que Collin de Plancy associe à une « grande tristesse », évoque une peine ou une fin dont le sens dépend entièrement de la question posée. Aucune carte n’annonce un événement certain : ces sens sont des images à interpréter, pas des verdicts.
Associations de cartes : quand le voisinage change le sens
En cartomancie, une carte se lit rarement seule. Collin de Plancy signale plusieurs voisinages qui modifient le sens d’une carte :
- le huit de pique suivi du sept de carreau tourne aux larmes et à la discorde ;
- le dix de trèfle suivi du neuf de carreau tempère la réussite par un retard d’argent ;
- le sept de trèfle suivi d’un neuf se lit comme un héritage ;
- le sept de carreau près de l’as de carreau annonce, selon lui, une nouvelle assez heureuse ;
- le sept de pique perd de sa dureté lorsqu’il est accompagné de cœurs.
Les cartes de même valeur sorties à la suite ont aussi leur sens : quatre rois, des honneurs ; trois rois, un succès dans le commerce ; deux rois, de bons conseils ; quatre dames, de « grands caquets » ; trois dames, des tromperies ; deux dames, de l’amitié. Au-delà de ces listes, la logique est simple : une couleur qui domine le tirage en donne la tonalité, une figure entourée de cœurs se lit avec bienveillance, une bonne carte cernée de piques avec prudence.
Trois méthodes de tirage pour commencer
La ligne de trois cartes
La plus simple. Après avoir mélangé et fait couper, tirez trois cartes et posez-les de gauche à droite : la situation, ce qui la complique, l’attitude à envisager. Lisez chaque carte, puis l’ensemble : couleur dominante, présence de figures, voisinages. Le principe est le même qu’au tarot, et notre guide du tirage en 3 cartes en détaille les variantes.
La méthode par sept
C’est la méthode que décrit Collin de Plancy. On compte les cartes du paquet de sept en sept en mettant de côté chaque septième carte, et l’on recommence jusqu’à en avoir réuni douze, que l’on étale dans l’ordre de sortie. On repère le significateur : s’il ne figure pas parmi elles, on le cherche dans le reste du paquet et on l’ajoute au bout de la rangée ; s’il y figure déjà, la personne tire une treizième carte, placée elle aussi au bout. Puis, en partant de lui, on compte sept cartes et l’on interprète celle sur laquelle on tombe, et ainsi de suite jusqu’à revenir au point de départ. La lecture prend ainsi la forme d’un récit où chaque carte appelle la suivante.
La réussite
Plus ludique, la réussite se pratique comme une patience. On distribue le jeu en huit tas de quatre cartes, face cachée, et l’on retourne la carte du dessus de chaque tas. On retire les paires de même valeur, deux dix ou deux rois par exemple, en découvrant chaque fois la carte suivante du tas concerné. Si toutes les cartes finissent par disparaître, la réponse est jugée favorable. Collin de Plancy présente ces réussites comme un moyen de « savoir si un projet ou une affaire aura du succès » ; prenons-les plutôt pour ce qu’elles sont, un jeu de patience qui laisse le temps de réfléchir à sa question.
Une tradition sans dogme : des sens qui varient selon les auteurs
Il n’existe pas de signification officielle des cartes. Les sens présentés ici sont ceux d’un auteur, à une date donnée, et d’autres manuels les contredisent. La dame de pique, veuve trompeuse chez Collin de Plancy, devient dans un manuel néerlandais traduit en anglais en 1984, It’s in the Cards de Marthy Jones, le signe de l’intelligence et d’un jugement pratique et logique. Les correspondances entre couleurs et enseignes divisent elles aussi les auteurs, et les cartomanciens qui pratiquent le Petit Lenormand ou le tarot apportent leurs propres associations.
Cette diversité n’est pas un défaut. Elle rappelle que la cartomancie est une tradition populaire, longtemps orale, fixée par écrit à des époques et dans des milieux différents. Elle invite aussi à la prudence : la justesse ressentie d’un tirage tient pour une large part à notre tendance à reconnaître notre situation dans des formules générales, ce que les psychologues appellent l’effet Barnum. La cartomancie au jeu ordinaire se distingue enfin de la tarologie, qui désigne l’étude et la lecture du tarot lui-même.
Choisissez donc un système, tenez-vous-y le temps de l’apprendre et notez vos tirages. Le jeu de trente-deux cartes devient alors ce qu’il peut être de mieux : un petit répertoire d’images familières pour penser à voix haute, sans rien attendre qui ressemble à une certitude.
Questions fréquentes
Peut-on faire de la cartomancie avec un jeu de 52 cartes ?
Oui, mais la tradition française de cartomancie repose surtout sur le jeu de trente-deux cartes, celui du piquet et de la belote, qu'Etteilla utilisait dès 1770. Avec un jeu de cinquante-deux cartes, retirez simplement les cartes du deux au six de chaque couleur. Les sens présentés ici, tirés du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy (1863), ne concernent que ces trente-deux cartes : d'autres traditions, qui emploient le jeu complet, donnent aux petites cartes des significations propres.
Que signifie l'as de pique en cartomancie ?
Dans le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy (1863), l'as de pique signifie « grande tristesse ». C'est l'un des sens les plus sombres de son système, ce qui explique la réputation de la carte. Lue aujourd'hui, elle évoque plutôt une peine, une déception ou la fin d'une situation, dont le sens dépend de la question posée et des cartes voisines. Comme toute carte, elle ne prédit aucun événement et ne doit jamais être lue comme l'annonce d'un malheur.
Faut-il tenir compte des cartes renversées ?
Ce n'est pas obligatoire. Etteilla donnait un sens renversé à chaque carte, Collin de Plancy seulement aux figures, et d'autres pratiquants lisent tout à l'endroit. Si vous souhaitez les utiliser, marquez le haut de chaque carte d'un petit point, car les figures modernes à double tête ne permettent pas de distinguer le sens. Pour débuter, lire toutes les cartes à l'endroit simplifie l'apprentissage.
Quelle différence entre la cartomancie et le tarot ?
La cartomancie désigne au sens large l'art de tirer les cartes, quel que soit le jeu : jeu de trente-deux cartes, Petit Lenormand ou tarot. Au sens courant, elle désigne surtout la lecture des cartes à jouer ordinaires, dont les sens se transmettent par des listes et des associations. Le tarot repose sur les images des vingt-deux arcanes majeurs et des cinquante-six mineurs, et sa lecture s'appuie davantage sur l'observation des scènes.
Les sens des cartes sont-ils les mêmes partout ?
Non. Les significations varient selon les époques, les pays et les auteurs. La dame de pique est une veuve trompeuse chez Collin de Plancy en 1863, mais le signe d'une intelligence pratique dans un manuel néerlandais publié en anglais en 1984. Le plus sage est de choisir un système cohérent, de savoir d'où il vient et de s'y tenir le temps de l'apprendre.
Sources
- Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e éd., 1863, article « Cartomancie », Wikisource fr.wikisource.org
- Cartomancie, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Etteilla, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Jeu de cartes français, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Cartomancy, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Mary K. Greer, « Origins of Cartomancy (Playing Card Divination) », 2008 marykgreer.com