CartomancieNiveau : Débutant
Le Petit Lenormand : histoire, 36 cartes et premiers tirages
On l’appelle oracle Lenormand, Petit Lenormand ou simplement Lenormand. Ce jeu de trente-six cartes illustrées porte le nom de la plus célèbre cartomancienne française, qui ne l’a pourtant ni conçu ni, selon toute vraisemblance, utilisé. Son histoire réelle commence à Nuremberg, sur un plateau de jeu de société. Voici d’où il vient, ce que disent ses cartes et comment les tirer.
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Mademoiselle Lenormand, cartomancienne du Paris révolutionnaire et impérial
Marie-Anne Adélaïde Lenormand naît à Alençon le 27 mai 1772. Orpheline à cinq ans, elle gagne Paris, où elle exerce pendant plus de quarante ans comme tireuse de cartes. Son cabinet de la rue de Tournon lui vaut le surnom de « sibylle du faubourg Saint-Germain ». Elle traverse la Révolution, l’Empire et la Restauration, est arrêtée à plusieurs reprises, chaque fois pour peu de temps, et tire de son arrestation de décembre 1809 la matière d’un livre, Les Souvenirs prophétiques d’une sibylle, publié en 1814, le premier d’une quinzaine d’ouvrages parus jusqu’en 1833.
Sa réputation doit beaucoup à ses propres récits. Elle affirmait avoir compté parmi ses consultants l’impératrice Joséphine, le tsar Alexandre Ier ou des figures de la Révolution comme Marat et Robespierre ; ces affirmations, souvent répétées, restent difficiles à vérifier. Elle meurt à Paris en juin 1843 et repose au cimetière du Père-Lachaise. Rien n’indique qu’elle se soit jamais servie du jeu de trente-six cartes qui porte aujourd’hui son nom.
Un jeu qui ne vient pas d’elle : le « Jeu de l’espérance » de Hechtel
Le modèle du Petit Lenormand est un jeu de société allemand, Das Spiel der Hoffnung, le « Jeu de l’espérance ». Il a été imaginé par Johann Kaspar Hechtel, un Nurembergeois né en 1771, propriétaire d’une fabrique de laiton, auteur d’ouvrages pratiques et inventeur de jeux de société, mort en décembre 1799 lors d’une épidémie de variole. Le jeu figure dans une annonce de l’éditeur nurembergeois Gustav Philipp Jakob Bieling datée de 1799, et l’on en trouve encore la publicité en 1820.
Le jeu comptait trente-six cartes illustrées, que l’on disposait en carré de six sur six, du numéro 1 au numéro 36, pour former un plateau. On y avançait à l’aide de deux dés, de la carte 1 jusqu’au but, la carte 35, l’Ancre, emblème de l’espérance qui donnait son nom au jeu. Chaque carte portait en outre, dans sa partie supérieure, une carte à jouer en médaillon, à enseigne française ou allemande, du six à l’as : le paquet pouvait ainsi servir de jeu ordinaire de trente-six cartes, un cousin du jeu de piquet qu’utilise la cartomancie au jeu de 32 cartes.
Le nom de Mlle Lenormand n’y est attaché qu’après sa mort : c’est vers 1850 que ces trente-six cartes commencent à circuler sous le nom de Petit Lenormand, à la faveur de la célébrité de la sibylle. La filiation avec le jeu de Hechtel n’a été démontrée qu’en 1972, par l’historien allemand Detlev Hoffmann. Il ne faut pas confondre ce Petit Lenormand avec le Grand Jeu de Mlle Lenormand, un autre jeu, de cinquante-quatre cartes, publié à Paris dans les années 1840. Pour suivre ce guide les cartes en main, c’est donc un jeu de Petit Lenormand de trente-six cartes qu’il vous faut.
Les 36 cartes et leur sens de base
Chaque carte porte un numéro, une image simple et son médaillon. Le sens de base découle directement de l’image : le Bateau parle de voyage, la Clé de solution, la Montagne d’obstacle. Le tableau suivant donne les mots-clés les plus courants ; les manuels les nuancent sans beaucoup s’en écarter.
| N° | Carte | Médaillon | Sens de base |
|---|---|---|---|
| 1 | Le Cavalier | 9 de cœur | nouvelles, arrivée, rapidité |
| 2 | Le Trèfle | 6 de carreau | petite chance, occasion, légèreté |
| 3 | Le Bateau | 10 de pique | voyage, départ, distance |
| 4 | La Maison | roi de cœur | foyer, sécurité, vie privée |
| 5 | L’Arbre | 7 de cœur | croissance, enracinement, vitalité |
| 6 | Les Nuages | roi de trèfle | confusion, doute, malentendu |
| 7 | Le Serpent | dame de trèfle | détour, séduction, complication |
| 8 | Le Cercueil | 9 de carreau | fin, perte, deuil |
| 9 | Le Bouquet | dame de pique | cadeau, plaisir, amabilité |
| 10 | La Faux | valet de carreau | coupure, décision brusque, avertissement |
| 11 | Le Fouet | valet de trèfle | dispute, débat, répétition |
| 12 | Les Oiseaux | 7 de carreau | conversation, agitation, inquiétude |
| 13 | L’Enfant | valet de pique | nouveau départ, innocence, petite chose |
| 14 | Le Renard | 9 de trèfle | ruse, méfiance, intérêt personnel |
| 15 | L’Ours | 10 de trèfle | force, pouvoir, autorité |
| 16 | Les Étoiles | 6 de cœur | espoir, inspiration, guide |
| 17 | La Cigogne | dame de cœur | changement, transition, mouvement |
| 18 | Le Chien | 10 de cœur | amitié, fidélité, soutien |
| 19 | La Tour | 6 de pique | institution, autorité, solitude |
| 20 | Le Jardin | 8 de pique | vie publique, société, réseau |
| 21 | La Montagne | 8 de trèfle | obstacle, difficulté, blocage |
| 22 | Les Chemins | dame de carreau | choix, carrefour, hésitation |
| 23 | Les Souris | 7 de trèfle | perte, usure, manque |
| 24 | Le Cœur | valet de cœur | amour, affection, réconciliation |
| 25 | L’Anneau | as de trèfle | engagement, contrat, alliance |
| 26 | Le Livre | 10 de carreau | secret, savoir, études |
| 27 | La Lettre | 7 de pique | message, document, écrit |
| 28 | L’Homme | as de cœur | le consultant, ou un homme de son entourage |
| 29 | La Femme | as de pique | la consultante, ou une femme de son entourage |
| 30 | Les Lys | roi de pique | vertu, sagesse, sensualité |
| 31 | Le Soleil | as de carreau | réussite, joie, énergie |
| 32 | La Lune | 8 de cœur | émotions, intuition, imaginaire |
| 33 | La Clé | 8 de carreau | solution, ouverture, déblocage |
| 34 | Les Poissons | roi de carreau | argent, affaires, abondance |
| 35 | L’Ancre | 9 de pique | stabilité, sécurité, constance |
| 36 | La Croix | 6 de trèfle | épreuve, devoir, conviction |
Quelques cartes ne se laissent pas réduire à leur image. L’Homme et la Femme désignent la personne qui consulte, selon qu’elle est un homme ou une femme, ou une personne proche de l’autre sexe. Le Renard, carte de ruse, est lu par certains lecteurs actuels comme l’emploi salarié. Quant aux médaillons, ils ne changent pas le sens de l’image : dans un tirage Lenormand, le Serpent reste le Serpent, même s’il porte la dame de trèfle.
Lire par paires et par lignes
Le Lenormand ne se lit pas comme le tarot, où chaque lame peut porter à elle seule un long commentaire. Ses images fonctionnent comme des mots, et le sens naît de leur combinaison. Une convention commode, suivie par beaucoup de lecteurs, consiste à prendre la première carte d’une paire comme le sujet et la seconde comme ce qui le qualifie :
- Cavalier et Lettre : des nouvelles qui arrivent par écrit ;
- Lettre et Cavalier : un document qui circule vite ;
- Bateau et Poissons : un voyage lié aux affaires, un commerce lointain ;
- Maison et Souris : un foyer qui s’use, une perte à la maison ;
- Cœur et Anneau : un attachement qui cherche à s’engager.
En ligne, on enchaîne les paires de gauche à droite : la carte du milieu sert de pivot entre ce qui précède et ce qui suit. Les cartes négatives, comme les Nuages, les Souris ou la Croix, ne condamnent rien : elles colorent leurs voisines, et une Clé ou un Soleil proches peuvent en atténuer la portée.
Tirages classiques : trois cartes, carré de neuf, grand tableau
La ligne de trois ou de cinq cartes, lue de gauche à droite, est le meilleur exercice pour commencer. Elle répond à une question précise. Nuages, Lettre, Clé, par exemple : une situation confuse, un écrit, une solution ; autrement dit, un document qui peut éclaircir les choses. La logique est proche du tirage en trois cartes du tarot, à ceci près qu’on lit ici une phrase plutôt que trois tableaux.
Le carré de neuf dispose trois rangées de trois cartes. La carte centrale donne le thème ; les huit autres se lisent dans leur relation avec elle, par lignes, par colonnes et par diagonales. Imaginons l’Ancre au centre, pour une question de travail : si la rangée du haut aligne la Tour, le Livre et la Lettre, le contexte évoque une institution, un savoir, des écrits ; si la rangée du bas montre les Chemins, le Trèfle et le Cavalier, la suite invite à un choix, avec une occasion à saisir et des nouvelles à attendre. On relie ensuite les diagonales, puis l’on résume le tout en deux ou trois phrases. C’est un bon intermédiaire avant le grand tableau.
Le grand tableau étale les trente-six cartes, en quatre rangées de neuf, ou en quatre rangées de huit complétées par une cinquième de quatre. On repère d’abord la carte de la personne qui consulte, l’Homme ou la Femme, puis on lit les cartes qui l’entourent comme son environnement immédiat, et celles qui en sont éloignées comme des influences plus lointaines. Certains lecteurs y ajoutent la technique des « maisons » : chaque emplacement, du premier au trente-sixième, prend la couleur de la carte qui porte ce numéro. C’est un exercice exigeant, à réserver pour le moment où les sens de base sont devenus familiers.
Lenormand et tarot : deux langages différents
Le tarot procède par symboles riches et ambivalents : une seule lame des arcanes majeurs peut ouvrir une réflexion entière sur un tournant de vie. Le Lenormand, lui, dit des choses simples et concrètes, un message, un déménagement, une amitié, et gagne en précision ce qu’il perd en profondeur. On le range d’ailleurs parmi les oracles, ces jeux construits hors de la structure du tarot.
On ne les mêle généralement pas dans un même tirage, mais ils se complètent bien. Si vous connaissez déjà le tarot, le Lenormand vous apprendra à lire vite et à relier les cartes ; si vous commencez par lui, notre guide pour débuter au tarot de Marseille vous ouvrira un registre plus symbolique. Dans les deux cas, le cadre reste le même : les cartes ne prédisent rien. Elles offrent des images pour penser une situation, et c’est à vous d’en faire quelque chose.
Questions fréquentes
Mademoiselle Lenormand a-t-elle inventé le Petit Lenormand ?
Non. Le jeu de trente-six cartes reprend le « Jeu de l’espérance » (Das Spiel der Hoffnung), un jeu de parcours à deux dés conçu par Johann Kaspar Hechtel et annoncé à Nuremberg en 1799. Le nom de Marie-Anne Lenormand, célèbre cartomancienne parisienne morte en 1843, n’a été associé à ces cartes qu’après sa mort, vers 1850. La filiation avec le jeu de Hechtel a été établie en 1972 par l’historien Detlev Hoffmann.
Combien de cartes compte le Petit Lenormand ?
Trente-six, numérotées de 1 (le Cavalier) à 36 (la Croix). Chacune porte une image et, en médaillon, une carte à jouer, du six à l’as. À ne pas confondre avec le Grand Jeu de Mlle Lenormand, un jeu différent de cinquante-quatre cartes publié à Paris dans les années 1840, où se mêlent scènes mythologiques, constellations et cartes à jouer.
Peut-on tirer le Lenormand avec un jeu de cartes ordinaire ?
Oui, grâce aux médaillons. Il suffit de prendre les cartes du six à l’as d’un jeu de cinquante-deux cartes, soit trente-six cartes, et de les lire selon leur correspondance : le neuf de cœur pour le Cavalier, la dame de trèfle pour le Serpent, l’as de carreau pour le Soleil, et ainsi de suite. C’est moins parlant qu’un jeu illustré, mais suffisant pour s’exercer.
Faut-il connaître le tarot pour lire le Lenormand ?
Non. Les deux systèmes sont indépendants. Le Lenormand repose sur des images concrètes qui se combinent comme des mots, alors que le tarot invite à méditer chaque lame. Le Lenormand peut sembler plus facile à prendre en main, parce que ses sens de base se retiennent vite ; la difficulté vient ensuite, quand il faut relier un grand nombre de cartes.
Sources
- Lenormand cards, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Marie Anne Lenormand, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Marie-Anne Lenormand, Wikipédia fr.wikipedia.org
- Johann Kaspar Hechtel, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
- Lenormandkarten, Wikipedia (de) de.wikipedia.org