Arts divinatoiresNiveau : Débutant

Voyance : reconnaître et éviter les arnaques, et vos recours

Consulter un voyant est légal en France, et beaucoup de personnes le font dans un moment de doute. Cette fragilité attire aussi des pratiques abusives, parfois délictueuses. Ce guide décrit les mécanismes les plus fréquents, les signaux d’alerte, les textes qui protègent les consommateurs et, dans l’ordre, les démarches à suivre si le mal est fait.

La voyance en France : une activité légale depuis 1994

Jusqu’au 1er mars 1994, l’ancien code pénal sanctionnait d’une contravention, à son article R. 34-7, ceux qui faisaient métier de deviner et de pronostiquer. Cette disposition a été abrogée avec l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, et l’activité commerciale de voyance s’exerce depuis librement.

Le gouvernement l’a rappelé le 27 juin 2023, en réponse à une question écrite du député Laurent Croizier : la voyance est une activité légale, soumise au code de la consommation et au code pénal, mais à aucune réglementation qui lui soit propre. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) est compétente pour contrôler et sanctionner la publicité mensongère et les pratiques commerciales douteuses ; en cas de soupçon d’escroquerie, il revient au procureur de la République d’être saisi. La même réponse relaie la mise en garde de la Miviludes : les pratiques de médiumnité ou de « channeling » peuvent favoriser une déstabilisation mentale chez des personnes déjà fragilisées.

L’enjeu n’est pas marginal. La question du député citait des estimations attribuées à l’INAD, de l’ordre de 100 000 praticiens et de 3 à 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, ainsi qu’une étude Ifop de décembre 2020 selon laquelle un Français sur quatre aurait déjà consulté un voyant. Ces chiffres ne sont pas officiels, mais ils donnent l’ordre de grandeur d’un marché où la frontière entre prestation légale et abus n’est pas toujours visible.

Se dire doté de clairvoyance ou de dons de médiumnité n’est donc pas interdit. Ce que la loi réprime, ce sont la tromperie, la pression et l’exploitation de la faiblesse d’autrui.

Les mécanismes d’arnaque les plus courants

Les pratiques abusives suivent presque toujours le même chemin : un premier contact gratuit ou bon marché, une révélation qui inquiète ou qui flatte, puis une escalade des paiements.

  • La « voyance gratuite » d’appel. Un site, une publicité ou un SMS promet une réponse offerte. La suite passe par un numéro surtaxé, des SMS facturés ou un abonnement : la question gratuite n’était qu’une porte d’entrée.
  • Les premières minutes offertes. La consultation commence gratuitement, puis se facture à la minute. Une conversation qui s’étire, des silences, des mises en attente : chaque minute coûte.
  • La malédiction à lever. Le voyant « voit » un envoûtement, un mauvais œil ou une jalousie qui expliquerait vos difficultés, et propose un rituel, un « travail » ou un objet pour vous en délivrer, contre paiement. Cette mise en scène joue sur la peur ; c’est le signal d’alerte le plus net.
  • Le retour de l’être aimé. Après une séparation, on vous promet le retour de la personne aimée, une réconciliation, un mariage, à condition de payer une série de prestations. Aucun résultat ne peut être garanti, et la promesse se renouvelle à chaque échec.
  • Les relances. SMS, courriels ou lettres personnalisées annoncent qu’un « changement important » se prépare, qu’une chance expire bientôt, qu’un message urgent vous attend. Chaque réponse relance la facturation.
  • Les demandes d’argent croissantes. Bougies, talismans, « protections », virements pour des rituels toujours plus longs : les montants augmentent à mesure que la confiance s’installe et que la personne s’isole.

Ces pratiques s’appuient sur des procédés bien connus. Des phrases générales, que chacun peut s’appliquer, donnent l’impression d’être deviné : c’est l’effet Barnum. Des questions habiles, dont les réponses sont ensuite reformulées comme des révélations, font croire à un don. Rien de cela ne suppose de connaître votre avenir.

Numéros surtaxés et SMS : comprendre la facturation

Une partie des consultations par téléphone passe par des services à valeur ajoutée, payés sur la facture de l’opérateur. Il s’agit des numéros à dix chiffres commençant par 08, des numéros de renseignements de la forme 118 XYZ et des numéros courts à quatre chiffres commençant par 10 ou par 3. Ces services relèvent de trois catégories tarifaires : gratuit ; banalisé, c’est-à-dire facturé comme un appel ordinaire ; majoré, la seule où le prix du service s’ajoute à celui de l’appel. Un numéro majoré doit annoncer gratuitement son tarif au début de l’appel.

S’y ajoutent les SMS+ et les achats Internet+, eux aussi portés sur la facture de l’opérateur. Ces paiements sont discrets : on ne sort ni carte bancaire ni chéquier, et la dépense ne se remarque souvent qu’à la facture suivante.

Pour savoir qui se cache derrière un numéro surtaxé, utilisez l’annuaire inversé de surmafacture.fr, service proposé par l’association AF2M : il indique l’éditeur du service et permet de signaler un problème de façon anonyme. Un SMS indésirable se transfère gratuitement au 33700. Depuis votre espace client, vous pouvez aussi bloquer les achats par SMS+ et Internet+ ; selon l’opérateur, cette option peut bloquer d’autres services.

Une règle mérite d’être connue : le numéro que vous appelez pour obtenir la bonne exécution d’un contrat ou traiter une réclamation auprès d’un professionnel ne peut pas être surtaxé (article L121-16 du code de la consommation).

Les signaux d’alerte avant de payer

  • Une promesse de résultat : retour de l’être aimé, guérison, gain au jeu, réussite assurée.
  • Une révélation qui fait peur (malédiction, danger, malheur imminent), suivie d’une solution payante.
  • Une urgence fabriquée : « dernière chance », « offre valable aujourd’hui », « le rituel doit commencer ce soir ».
  • Un tarif flou, annoncé tard, ou un compteur que l’on ne voit pas tourner.
  • Des demandes de paiement qui se répètent et augmentent, notamment par virement.
  • Une invitation au secret : « n’en parlez pas à vos proches, ils briseraient le travail ».
  • Des sollicitations répétées que vous n’avez pas demandées, par SMS, téléphone ou courriel.
  • Un intérêt marqué pour votre situation financière, vos économies, un héritage.

Un seul de ces signaux justifie de s’arrêter. Aucune pratique honnête, divinatoire ou non, n’a besoin de vous faire peur pour être payée.

Ce que dit la loi : pratiques trompeuses, escroquerie, abus de faiblesse

Aucun texte ne vise la voyance en tant que telle, mais plusieurs protègent ceux qui la consultent. Les peines indiquées ci-dessous sont celles des textes en vigueur au 30 octobre 2026 ; ce sont des maximums, que seul un tribunal prononce.

Le code de la consommation

Les pratiques commerciales trompeuses sont interdites. L’article L121-4 en dresse une liste noire qui éclaire bien le domaine : y figurent le fait d’affirmer faussement qu’une prestation est de nature à guérir des maladies (16°), d’affirmer qu’elle augmente les chances de gagner aux jeux d’argent et de hasard (15°), de déclarer faussement qu’une offre ne sera disponible que pendant une période très limitée (7°), ou de présenter comme « gratuit » un service pour lequel le consommateur doit payer autre chose que les coûts inévitables (19°). Ces délits sont punis de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende, montant qui peut être porté à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen ou à 50 % des dépenses engagées pour la pratique ; les peines passent à cinq ans et 750 000 euros lorsque l’infraction est commise au moyen d’un service de communication au public en ligne ou d’un support numérique (article L132-2).

Les pratiques commerciales agressives sont également interdites : sollicitations répétées et insistantes, contrainte physique ou morale, exploitation d’un malheur ou d’une situation particulière (article L121-6). Les sollicitations répétées et non souhaitées par téléphone ou par courrier électronique sont réputées agressives (article L121-7, 3°). Peine encourue : deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, montant qui peut atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen (article L132-11).

Le code pénal

L’escroquerie consiste à tromper une personne, par un faux nom, une fausse qualité, l’abus d’une qualité vraie ou des manœuvres frauduleuses, pour la déterminer à remettre des fonds, des valeurs ou un bien. Elle est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende (article 313-1). Les peines sont portées à sept ans et 750 000 euros lorsque la victime est particulièrement vulnérable, du fait de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique ou d’un état de grossesse, et que cette vulnérabilité est apparente ou connue de l’auteur, ou lorsqu’elle se trouve dans un état de sujétion psychologique ou physique connu de lui (article 313-2).

L’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse d’une personne particulièrement vulnérable, pour la conduire à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende ; de cinq ans et 750 000 euros lorsqu’il est commis au moyen d’un service de communication au public en ligne ; de sept ans et un million d’euros en bande organisée (article 223-15-2). Depuis la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024, consacrée à la lutte contre les dérives sectaires, placer ou maintenir une personne en état de sujétion psychologique ou physique, par des pressions ou des techniques propres à altérer son jugement, constitue un délit distinct lorsque cela altère gravement sa santé ou la conduit à des actes gravement préjudiciables : mêmes peines de base, aggravées notamment si la victime est vulnérable ou si les faits passent par internet (article 223-15-3).

Pour un délit, le délai de prescription est en principe de six ans à compter des faits. Ces informations restent générales : pour une situation précise, un avocat ou une association d’aide aux victimes vous orientera.

Vous êtes victime : les démarches dans l’ordre

  1. Cessez tout paiement. Ne répondez plus aux relances, même pour « finir le travail ». Bloquez le numéro si nécessaire.
  2. Rassemblez les preuves. SMS, courriels, captures d’écran, factures téléphoniques, relevés bancaires, numéros appelés, dates et heures, noms utilisés par vos interlocuteurs.
  3. Prévenez votre banque si vous avez payé par carte ou par virement, et demandez-lui quelles contestations sont possibles.
  4. Contactez votre opérateur. Vérifiez dans votre espace client les appels et les achats facturés, contestez ceux qui posent problème et activez le blocage des achats par SMS+ et Internet+.
  5. Identifiez et signalez. Recherchez l’éditeur du numéro sur surmafacture.fr et signalez-le ; transférez les SMS indésirables au 33700.
  6. Signalez sur SignalConso. Ce service public gratuit, édité par la DGCCRF, recueille les signalements des consommateurs ; vous pouvez choisir d’en informer l’entreprise, et l’administration intervient si nécessaire : signal.conso.gouv.fr.
  7. Portez plainte. Dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix, ou par lettre au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu des faits ou du domicile de l’auteur présumé. Porter plainte est gratuit. Pour une escroquerie dont l’auteur vous est inconnu, la plainte en ligne est possible ; pour certaines arnaques commises sur internet, la plateforme THESEE.
  8. Faites-vous accompagner. Le 116 006, numéro national d’aide aux victimes du réseau France Victimes, est gratuit et joignable 7 jours sur 7. Si vous pensez être sous emprise, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) recueille les témoignages et les signalements.

La honte retient beaucoup de victimes de parler. Elle n’a pas lieu d’être : ces pratiques sont conçues pour exploiter des moments de fragilité que chacun peut traverser.

Protéger un proche vulnérable

Certains signes doivent alerter : des dépenses inexpliquées, des factures téléphoniques qui grimpent, des appels ou des SMS fréquents vers des numéros inconnus, un discours nouveau sur une malédiction ou une protection à acheter, un repli sur soi, une méfiance soudaine envers la famille.

Abordez le sujet sans moquerie ni reproche : une personne qui se sent jugée défend souvent celui qui l’exploite. Interrogez plutôt ce que la consultation lui apporte, proposez de regarder ensemble les factures, aidez-la à rassembler les preuves et à accomplir les démarches décrites plus haut.

Lorsqu’une personne ne peut plus défendre seule ses intérêts, le juge peut décider d’une mesure de protection juridique : sauvegarde de justice, curatelle ou tutelle. D’autres dispositifs existent, comme l’habilitation familiale ; le mandat de protection future permet, lui, à chacun d’organiser à l’avance sa propre protection. Le site service-public.gouv.fr détaille ces mesures et la manière de saisir le juge.

Si la détresse est forte, encouragez votre proche à en parler à son médecin. En cas d’idées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, 24 heures sur 24.

Pourquoi Dame de Trèfle ne propose aucune voyance payante

Ce site s’intéresse au tarot, aux cartes et aux arts divinatoires comme à des langages symboliques et à des objets d’histoire. Il ne propose aucune consultation, n’exploite aucun numéro surtaxé et ne renvoie vers aucun voyant, médium ou plateforme payante.

Notre tirage gratuit tire trois cartes au hasard dans votre navigateur et donne à chacune le même sens court, quelle que soit la personne qui la tire. Il sert à réfléchir, non à prédire : aucune étude évaluée par des pairs n’a montré que le tarot divinatoire fasse mieux que le hasard. Si vous voulez apprendre à lire les cartes par vous-même, notre guide pour débuter au tarot de Marseille est un bon point de départ, et l’entrée tarologie du dictionnaire explique ce que recouvre le mot.

Si une personne se réclame de Dame de Trèfle pour vous proposer une consultation ou un rituel payant, ce n’est pas nous : signalez-le à l’éditeur du site par la page Contact.

Questions fréquentes

La voyance est-elle légale en France ?

Oui. L’article R. 34-7 de l’ancien code pénal, qui sanctionnait le fait de faire métier de deviner, a été abrogé le 1er mars 1994 avec l’entrée en vigueur du nouveau code pénal. Le gouvernement a confirmé en 2023 que la voyance est une activité légale, sans réglementation propre. Les pratiques commerciales trompeuses ou agressives, l’escroquerie et l’abus de faiblesse restent en revanche punis, quel que soit le domaine.

Une voyance annoncée gratuite peut-elle devenir payante ?

Elle ne doit pas être présentée comme gratuite si vous devez payer autre chose que les coûts inévitables pour en bénéficier : le code de la consommation range cette pratique parmi les pratiques commerciales réputées trompeuses (article L121-4, 19°). Méfiez-vous des réponses offertes qui passent ensuite par un numéro surtaxé, des SMS facturés ou un abonnement, et lisez toujours les conditions tarifaires avant de répondre.

Un voyant m’affirme que je suis victime d’une malédiction : que faire ?

Arrêtez l’échange et ne payez rien. L’annonce d’un envoûtement suivi d’un rituel payant pour le lever est le schéma classique des abus dans ce domaine. Parlez-en à un proche de confiance, conservez les messages reçus et, si vous avez déjà versé de l’argent, suivez les démarches décrites dans ce guide : signalement, plainte, accompagnement par le 116 006.

Comment savoir qui se cache derrière un numéro surtaxé ?

Saisissez le numéro dans l’annuaire inversé de surmafacture.fr, un service proposé par l’association AF2M. Vous y trouverez le nom de l’éditeur du service et ses coordonnées, ainsi qu’un bouton pour signaler un problème, de façon anonyme. Pour un SMS indésirable, transférez-le gratuitement au 33700. Ces informations seront utiles pour contester la facture et pour une éventuelle plainte.

Peut-on être remboursé après une arnaque à la voyance ?

Aucun remboursement n’est automatique. Commencez par contacter l’éditeur du service, votre opérateur et votre banque, en gardant une trace écrite de chaque demande. Si les faits relèvent d’une pratique trompeuse, d’une escroquerie ou d’un abus de faiblesse, signalez-les sur SignalConso et portez plainte. Une association d’aide aux victimes, joignable au 116 006, ou un avocat pourra vous indiquer les voies possibles selon votre situation.

Sources

  1. Question écrite n° 6608 (16e législature) sur l’encadrement de la voyance et réponse du gouvernement, Assemblée nationale questions.assemblee-nationale.fr
  2. Code de la consommation, article L121-4 : pratiques réputées trompeuses (Légifrance) legifrance.gouv.fr
  3. Code pénal, article 313-1 : escroquerie (Légifrance) legifrance.gouv.fr
  4. Code pénal, article 223-15-2 : abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse (Légifrance) legifrance.gouv.fr
  5. Numéros surtaxés : catégories tarifaires, annuaire inversé et signalement (surmafacture.fr) surmafacture.fr
  6. Porter plainte : démarches et délais (Service-Public.gouv.fr) service-public.gouv.fr