Arcane 15 : Le Diable

Arcane majeur XV

Le Diable (XV) : signification au tarot de Marseille

Une créature ailée dressée sur un socle, deux petits personnages attachés à ses pieds : le Diable compte parmi les lames les plus redoutées du tarot de Marseille, et parmi les plus mal comprises. Elle parle moins du mal que du désir, de l'attachement et des liens que l'on entretient sans toujours le savoir.

La lame en une phraseLe Diable évoque la force du désir et les liens qui retiennent. Il invite à reconnaître ce qui vous attache, et la part de ce lien que vous avez choisie.

La lame en bref

Numéro
XV soit 15
Élément
Terre
Correspondance astrologique
Capricorne signe de terre
Rider-Waite-Smith
The Devil (XV)

Élément et correspondance : convention de la Golden Dawn (fin du XIXe siècle), postérieure au tarot de Marseille.

Mots-clés à l'endroit

  • désir
  • attachement
  • ambition
  • passion
  • énergie vitale
  • pouvoir

Mots-clés à l'envers

  • libération
  • prise de conscience
  • emprise
  • culpabilité
  • désir refoulé

Ce que montre la lame : la créature ailée et les deux personnages liés

Sur un socle arrondi se dresse une figure composite. Elle porte des ailes de chauve-souris, des bois sur la tête, des seins, des pattes de fauve. Sa main droite se lève ; la gauche, abaissée, tient un long manche que l’on décrit tantôt comme un bâton, tantôt comme une torche. À ses pieds, deux petits personnages cornus, munis de queues et de sabots, sont reliés au socle par une corde.

Les jeux marseillais ne s’accordent pas sur tous les détails. Dans les plus anciens, ceux du XVIIe siècle et celui de Jean Dodal au début du XVIIIe, un visage humain s’ouvre sur le ventre de la créature et ses ailes montent haut ; dans les jeux du second type, plus tardifs, le ventre est vide et les ailes plus courtes. L’histoire de la lame comporte aussi des lacunes : le célèbre jeu Visconti-Sforza, réalisé pour la cour des ducs de Milan au milieu du XVe siècle, nous est parvenu sans Diable ni Maison Dieu.

Symbolique : le désir, l’attachement et les liens qui retiennent

Le Diable de Marseille n’est pas le Satan des sermons. C’est une figure de la démesure, qui mêle l’humain et la bête, le masculin et le féminin, le haut et le bas. Les cartomanciens anciens en faisaient une lame lourde : en 1910 encore, Arthur Edward Waite lui attribue la violence, la véhémence, la force et la fatalité. Les lectures modernes, nourries de psychologie, y voient plutôt l’énergie brute du désir, ce qui attire et fascine, et la manière dont on s’y attache jusqu’à s’y enchaîner. La corde des deux petits personnages devient alors le cœur de la lecture : un lien que l’on subit, ou que l’on entretient.

L’image que l’on a souvent en tête doit d’ailleurs beaucoup au XIXe siècle. Le Baphomet dessiné par Éliphas Lévi pour son Dogme et rituel de la haute magie (1854-1856), bouc ailé portant une torche entre les cornes, a en partie inspiré le Diable du Rider-Waite-Smith. Il serait trompeur de projeter ces traits sur la lame marseillaise, plus ancienne et plus énigmatique.

Le Diable à l’endroit

À l’endroit, la lame évoque une force vitale puissante : le désir, l’ambition, le charisme, le goût du plaisir, le sens de l’argent et du concret. Elle peut signaler une relation intense, un talent pour convaincre, une énergie qui demande à être canalisée plutôt qu’étouffée. Elle invite aussi à regarder en face ce qui vous tient : une habitude, une dépendance affective, un confort dont on ne parvient plus à se passer. Le Diable ne juge pas ; il montre le lien et pose la question de la liberté qui reste.

Le Diable à l’envers

Renversée, la lame se lit de deux façons selon les auteurs. Pour les uns, l’emprise se desserre : on prend conscience d’un attachement et l’on commence à s’en défaire. Pour les autres, l’énergie se retourne contre soi : désir refoulé, culpabilité, manipulation subie ou exercée sans se l’avouer. Waite y lisait la faiblesse, la mesquinerie et l’aveuglement. Le contexte du tirage, et votre propre question, aident à choisir la piste qui éclaire votre situation.

En amour et au travail

En amour, le Diable évoque l’attirance physique, la passion, parfois la dépendance. Il invite à distinguer le désir partagé de ce qui ressemble à une emprise : qui décide, qui cède, qui se tait ? Si une relation vous fait peur ou vous isole, aucune carte ne remplace l’écoute d’un proche de confiance ou d’un professionnel.

Au travail, la lame peut signaler une ambition forte, un sens aigu de la négociation, un rapport intense à l’argent ou au pouvoir. Elle pose aussi la question du prix payé : un poste qui retient par le salaire plus que par le sens, une loyauté qui glisse vers la servitude.

Associations avec d’autres arcanes

  • Avec Tempérance, qui le précède : la mesure face à l’excès, une invitation à doser plutôt qu’à renoncer.
  • Avec la Maison Dieu, qui le suit : ce qui était retenu se libère, parfois brusquement.
  • Avec l’Amoureux : le choix affectif se teinte de passion ; reste à savoir qui choisit vraiment.
  • Avec le Bateleur : l’habileté et le pouvoir de persuasion, à employer avec loyauté.
  • Avec l’Étoile : une issue à l’attachement, par la confiance retrouvée.

Correspondances : nombre, astrologie, élément

Le Diable porte le numéro XV. Par réduction (1 + 5 = 6), certains lecteurs le rapprochent de l’Amoureux (VI) : deux lames du lien, l’un choisi, l’autre subi. Dans le Rider-Waite-Smith, il garde son nom et son rang : The Devil (XV).

Les correspondances astrologiques ne figurent pas sur les cartes marseillaises. Elles ont été fixées à la fin du XIXe siècle par l’ordre britannique de la Golden Dawn. Selon cette convention, le Diable reçoit la lettre hébraïque ayin et le signe du Capricorne, signe de terre gouverné par Saturne. La lecture qui en découle souligne l’ambition, la matière, la durée et le poids des structures.

Questions pour la réflexion

  • Qu’est-ce qui me retient aujourd’hui, et quelle part de ce lien ai-je choisie ?
  • Quel désir ai-je du mal à reconnaître, même devant moi ?
  • Que gagnerais-je, et que perdrais-je, à desserrer cette corde ?

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Questions fréquentes

Le Diable est-il une mauvaise carte au tarot ?

Non. Les cartomanciens anciens en faisaient une lame lourde, mais les lectures actuelles y voient surtout l'énergie du désir et la question des attachements. Le Diable peut évoquer une passion, une ambition ou un talent pour convaincre, autant qu'une dépendance. Comme toute lame, il ne prédit rien : il invite à regarder ce qui vous lie et la liberté que vous gardez face à ce lien.

Que signifie le Diable à l'envers ?

Les auteurs divergent. Pour certains, la lame renversée évoque une emprise qui se desserre et une prise de conscience libératrice. Pour d'autres, elle signale un désir refoulé, de la culpabilité ou une manipulation que l'on ne s'avoue pas. Le sens se précise avec les cartes voisines et avec la question posée.

Pourquoi associe-t-on le Diable au Capricorne ?

Cette correspondance vient de la Golden Dawn, ordre occultiste fondé à Londres en 1888, qui a attribué à chaque arcane majeur une lettre hébraïque et un signe, une planète ou un élément. Le Diable y reçoit le Capricorne, signe de terre gouverné par Saturne. Ce rapprochement est bien postérieur aux jeux marseillais : c'est une grille de lecture, pas une propriété d'origine de la carte.

Sources

  1. The Devil (tarot card), Wikipedia (en) en.wikipedia.org
  2. Tarot de Marseille (types I et II), Wikipédia fr.wikipedia.org
  3. Visconti–Sforza Tarot, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
  4. A. E. Waite, The Pictorial Key to the Tarot (1910), partie III, Wikisource en.wikisource.org
  5. Baphomet, Wikipedia (en) en.wikipedia.org
  6. Der Teufel (Tarot), Wikipedia (de) de.wikipedia.org

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